ALAIN

Animateur en arts plastiques à Montréal-Nord, Alain est impliqué dans le projet de la Rue de Dijon depuis 2016. Convaincu que l’art est un vecteur pour faire tomber les barrières et renforcer le vivre ensemble, il participe activement à la vie communautaire de Montréal-Nord en animant des ateliers. Rencontre avec cet artiste et acteur de changement profondément attaché à son quartier.

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J’étais là dès le début du projet de la Rue de Dijon. Quand on a annoncé qu’il y avait un réaménagement de la rue, comme j’étais déjà impliqué dans le communautaire comme artiste et citoyen, ce projet m’a appelé tout de suite. Les parcs méritent d’avoir un peu de changement et plus de la vie. Dès la première année du projet en 2016, on nous a montré les plans, on avait des réunions de consultations citoyennes où on pouvait amener des idées. Ce que j’ai aimé dans ce projet, c’est que ce qu’on voit ici, c’est le résultat des idées des citoyens. Cela a été fait de la meilleure des façons, il y a eu des petits ajustements et on a essayé des choses : des balançoires, le skatepark, l’animation avec de la danse, des arts visuels et des événements sportifs. Je voulais m’impliquer dès le début en donnant le plus de temps que je pouvais.
Je suis content d’avoir la parole car les points de vue médiatiques ne représentent pas Montréal-Nord avec justesse. Les médias vont toujours dans les mêmes coins de Montréal-Nord, ils fixent certaines rues et c’est comme ça que c’est ensuite présenté au Québec. Le combat pour le communautaire est là tout le temps à chaque jour, il ne faut pas se cacher du fait qu’il a des problèmes, mais il n’y a pas que des problèmes. La Rue de Dijon est une preuve que les citoyens, quand ils veulent un projet et qu’ils s’investissent, sont capables de le réaliser.
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Entre la culture et le communautaire, la dynamique la plus importante est de faire connaître la culture aux citoyens, de leur faire connaître ce qu’est une œuvre d’art. Quand on va dans le vieux Montréal, on trouve des galeries d’art mais les citoyens ne se sentent pas toujours à l’aise d’entrer. Que peut-on faire pour faire connaître l’art aux citoyens et les engager dans le processus ? Il faut que l’art sorte des galeries, il faut qu’il aille dans les rues et les parcs. Cela se fait, mais il faut amener l’art encore plus à la rencontre des citoyens. Tant la musique que le théâtre ou les arts visuels, il faut faire tomber les murs pour rapprocher et mettre en contact professionnels, peintres du dimanche et citoyens. Mon but est de faire comprendre aux citoyens qu’ils peuvent participer aussi. Qui sait où ça peut amener les gens après… 
A chaque fois qu’on fait des activités extérieures, les gens participent et sont intéressés. Les gens en veulent davantage, il y a encore un manque dans le quartier. Il faut encore davantage de publicité et de financement pour ces initiatives et les organismes. A Montréal-Nord, il y a du racisme systémique, la confiance entre les citoyens et la police ou les élus est à travailler et à bâtir encore. Avec des activités, on peut faire tomber des murs.
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Depuis 2001, je suis à Montréal-Nord et j’aurai beaucoup de difficulté à quitter mon quartier, malgré tout ce que les gens disent de Montréal-Nord. Moi, je veux vivre dans un milieu multiculturel et multiethnique. Je suis content qu’à tous les jours je vois des amis qui viennent de partout. J’ai le monde à mes pieds et je suis heureux ici. Je suis habitué à Montréal-Nord et ce quartier a influencé mon art. J’ai développé un sentiment d’appartenance car je n’ai pas eu peur de me mêler aux autres. Certains peuvent être réticents d’aller parler aux autres, mais pour moi, c’est devenu naturel avec les années. Rester chez nous sur Facebook ou devant sa télé pour maudire, cela ne sert à rien. Il faut venir exprimer son opinion dans les consultations citoyennes et cela donne des changements. Cela donne un tournoi de basket de rue, cela change les parcs, cela donne la Rue de Dijon. Les élus voient ensuite l’engagement des citoyens et prennent eux aussi des engagements. Certains sont réticents à venir participer car ils pensent qu’ils ne seront pas écoutés. Moi, je ne trouve pas. Pour avoir fait une centaine de consultations depuis 2006, je vois que ce qui a été décidé avance tranquillement. Ce n’est pas toujours parfait bien sûr, mais l’écoute est là de part et d’autre et les choses ont avancé. On fait avancer les choses et ce sont les citoyens qui amènent leurs idées. 
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AuthorCéline Girard